LA FORÊT LANDAISE DOIT-ELLE AMORCER SA MUTATION ?
L’actualité « brûlante » de ces dernières semaines va générer de nombreux commentaires d’experts aux terrasses des cafés ou chez les diplômés de l’illustre école d’administration strasbourgeoise.
Pour paraphraser la punch-line d’un journaliste du siècle dernier : La France a peur ! Plus particulièrement les Landais récemment, dont la population redoute de voir partir en fumée son patrimoine, forestier ou immobilier.
Il n’est pas question ici de politiser le débat ni d’entamer une vaine polémique liée à la classe sociale des possédants : d’autres opportunistes s’en chargent fort bien en cette période préélectorale. Mais n’entendons-nous pas l’inquiétude de la population, consciente de vivre sur un bidon d’essence (arboricole cela va de soi) ?
Au XIXe siècle, le paysage était principalement constitué de landes, de marécages et de prairies humides. L’économie reposait essentiellement sur l’élevage de moutons ; les arbres y étaient rares.
Sous le Second Empire, faute de pièges à moustiques, la loi du 19 juin 1857 impose l’assainissement et la mise en valeur des Landes de Gascogne. On plantera alors massivement du pin maritime, essence à croissance rapide, aquaphile et bien adaptée aux terrains sablonneux. Cette politique transforme radicalement le paysage, qui voit progressivement disparaitre les silhouettes des bergers perchés sur leurs échasses.
Avec la révolution industrielle, le pin devient une ressource très rentable pour sa résine et pour son bois utilisé pour les traverses de chemin de fer, les poteaux électriques et télégraphiques et la pâte à papier.
Après la Seconde Guerre mondiale, au même titre que le devoir conjugal, le reboisement devient une priorité nationale. Concomitamment à celle de la Caisse d’Allocations familiales, une loi de septembre 1946 adopte la création du FFN (Fonds forestier national), alimenté par des taxes sur le commerce du bois et permettant de subventionner les producteurs.
L’objectif était de produire beaucoup de bois rapidement. Le choix des essences devenait évident : plus de 80 % des plantations financées par le FFN étaient des résineux : pins maritimes, épicéas, mélèzes ou douglas.
La demande pressante de mobilier, de panneaux de particules agglomérées et, plus récemment, de combustible pour la production d’énergie renouvelable par biomasse rend l’exploitation de ces matériaux très rentable : 100 % de la production est ainsi valorisée, avec un turn-over rapide de l’ordre de 35 ans.
On estime que, sur 1 million d’hectares, 85 à 90 % des forêts landaises sont peuplées de pins maritimes.
Mais la forêt doit maintenant faire face à de nouveaux défis car :
- Le dérèglement climatique responsable de sécheresse provoque des incendies et aussi de fortes tempêtes.
- Par souci de rentabilité, la plantation au cordeau très dense de résineux hautement inflammables, provoquant un sol recouvert de brindilles sèches et la production de pignes agissant comme des grenades, a créé de véritables autoroutes à incendie.
- La forme élancée du pin, dont le feuillage au sommet offre une résistance au vent, facilite sa rupture lors des tempêtes par un simple et évident effet de levier.
- L’apparition récente d’insectes xylophages nécessite par précaution l’abattage et la destruction des parcelles infectées.
- Selon l’Inventaire national 2025 de l’IGN, la mortalité des arbres en France a augmenté de 100 % en dix ans : de moins de 10 millions de mètres cubes par an lors de la décennie précédente, elle atteint près de 20 millions de mètres cubes de bois par an à ce jour. Aujourd’hui environ 10 % des 2 milliards d’arbres présentent des altérations visibles.
La demande pressante de mobilier, de panneaux de particules agglomérées et, plus récemment, de combustible pour la production d’énergie renouvelable par biomasse rend l’exploitation de ces matériaux très rentable : 100 % de la production est ainsi valorisée, avec un turn-over rapide de l’ordre de 35 ans.
On estime que, sur 1 million d’hectares, 85 à 90 % des forêts landaises sont peuplées de pins maritimes.
On est alors en droit de se poser la question d’une mutation nécessaire de notre paysage sylvestre vers des plantations d’espèces résistant aux incendies ou aux tempêtes et non menacées par les scolytes et nématodes.
La situation est grave et il est temps d’agir. Diversifier les essences, réintroduire des feuillus, aérer les peuplements, créer des coupe-feux végétaux. Le Plan national d’adaptation au changement climatique publié en mars 2025 en fait une priorité visant à « renforcer la résilience des forêts face à une hausse projetée des températures de 4°C d’ici 2100 ».
Les Espagnols et les Portugais l’ont compris et accélèrent le repeuplement de leurs massifs forestiers en utilisant massivement le chêne-liège, dont l’écorce constituée de cellules alvéolaires remplies d’air retarde la propagation de la chaleur. Cette essence possède aussi la capacité de se régénérer après un incendie. Économiquement, le liège entre dans la fabrication des bouchons, d’isolant pour la construction, de la maroquinerie et même de la mode.
Il est illusoire de penser transformer radicalement la population arboricole pour d’évidentes raisons économiques ; mais ne serait-il pas judicieux de compartimenter ce massif forestier par des allées coupe-feu bordées d’essences moins combustibles ? Ces barrières pourraient être aussi mises en place efficacement en périphérie des zones urbanisées.
La loi Climat et Résilience de 2021 a entre autres comme objectif celui de limiter l’étalement urbain pour préserver les sols naturels, agricoles et forestiers. Cet objectif est clairement repris par la loi ZAN en 2023. Sa mise en œuvre est en phase de transition et de révision. Espérons (sans trop y croire) que le législateur tiendra compte des évènements récents pour la renforcer et l’adapter afin d’éviter, autant que possible, la multiplication de futures catastrophes.