Quelle méthode contre le nématode?

Nous avions décrit le Nématode du pin et ses effets dans notre Flash-Info N° 76, ce nouveau flash-info s’intéresse à l’efficacité des traitements. 

Ver nematode

Julien Lepers pourrait le décrire ainsi :

« Présent sur notre planète depuis plusieurs centaines de millions d’années, je suis un animal microscopique appartenant au vaste groupe des invertébrés Ecdysozoaires. De forme cylindrique, allongée et non segmentée, je vis dans les sols même gelés, les eaux douces et les océans. Certaines de mes sous-espèces sont parasites, d’autres jouent au contraire un rôle essentiel dans les écosystèmes et peuvent même être utilisées en génétique ou dans la lutte fongique. L’un de mes congénères s’est spécialisé dans l’élimination des résineux. Invisible à l’oeil nu et ne mesurant qu’environ un millimètre, je suis… Bursaphelenchus xylophilus ou nématode du pin. »
Vous l’aurez compris : il existe des milliers d’espèces de nématodes. Celui qui nous intéresse aujourd’hui est bien particulier.
Longtemps quasiment inconnu du grand public et de nombreux sylviculteurs, le nématode du pin s’est fait connaître en Europe à partir des années 1990, notamment au Portugal. Il a ensuite gagné l’Espagne et notamment les massifs forestiers de Galice et du nord-ouest.
Comment se déplace-t-il ?: Comme vous et moi il utilise les commodités modernes, bateaux et transports routiers pour les grands trajets car il est dépourvu de mobilité, il utilise aussi les services pour ses déplacements de proximité, d’un petit insecte à longue corne, nommé : Monochamus galloprovincialis très présent dans forêt landaise. Arrivé à sa destination, un pin bien portant de plusieurs tonnes, son code génétique lui ordonne se reproduire sans limite. Sur un pin contaminé, on compte plus de 20.000 nématodes dans 100gr de copeaux. En progressant, ils percent les cellules et créent des lésions qui empêchent l’eau et la sève de circuler correctement, privé de nutriments et
d’eau, le pin se dessèche, ses aiguilles brunissent et l’arbre meurt en seulement quatre à cinq semaines. Triste scénario pour le pin maritime.

impact nematode sur pin

Evolution d’un pin infesté

Le lieu du festin : La forêt de Gascogne couvre plus d’un million d’hectares sur 3 départements (Landes, Gironde, Lot et Garonne), ce poumon vert, 1er massif forestier de France, est tout à la fois
un réservoir bio-diversité, une ressource économique de premier plan dont dépendent 60.000 emplois à travers les secteurs de l’exploitation forestière, la transformation (sciage – papeterie –
chimie), son chiffre d’affaires est de plus de 10 milliards par an.

    Novembre 2025 : Alerte rouge dans l’administration et les médias , « On a découvert le premierfoyer de nématode en France » titrait le Sud Ouest. La machine s’emballe, le mille feuilles
    administratif entre en résonance, les directives fusent et s’entrechoquent, tout le monde y va de sa mesure, de l’Europe à la commune.
    L’Europe a le dernier mot : « Si vous voulez percevoir mes fonds d’indemnisation, il faut couper à blanc dans un rayon de 500m autour du foyer » et maintenir une surveillance accrue dans un rayon
    de 25km soit 195.000 ha pendant 5 ans.

    Conscient de cette absence de proportion, issue de la législation Européenne de 2012, la Direction Régionale de l’Agriculture et de la Forêt a commandité en 2014 un rapport à l’Anses intitulé :
    Évaluation des mesures d’urgence destinées à prévenir la propagation du nématode du pin dans l’Union européenne » https://www.anses.fr/system/files/SVEG2014sa0103Ra.pdf
    La conclusion est sans appel : la mesure de coupe à blanc sur un rayon de 500m est totalement inefficace car le vecteur de la propagation, le Monochamus peut parcourir plus de 25 km en une
    journée. Malgré tout, la mesure Européenne est maintenue par l’administration compétente, subvention oblige !!!
    Bilan de l’opération : 36.000 arbres abattus, un éparpillement des moyens humains, un coût financiers supérieurs à 5 millions d’euros.

    10 Mois plus tard :
    Comme annoncé, lors des réunions organisées par M Le Préfet et la DRAF, les professionnels exploitants forestiers avaient clairement annoncé, « vous n’avez sans doute pas découvert le foyer
    0 à Seignosse, le nématode a pénétré nos forêts depuis quelque temps déjà, il y a fort à parier que les forêts bordant nos grands axes autoroutiers sont contaminées par les transports de
    bois depuis le Portugal et l’Espagne, les contrôles aux frontières sont inopérants ».

    A ce jour, plusieurs foyers le long de l’autoroute A63 et A64 ont été identifiés (Benesse Maremne – Saubion – Mourenx – Lescar)
    Dés lors, que faire ? Les solutions existent ?
    Sur le terrain : Suivre l’exemple de nos amis Portugais et Espagnols et les recommandations de l’Anses, à savoir
    1/ Repérer les arbres dépérissant le plus rapidement possible en utilisant des moyens modernes de
    détections (Drones équipés IA)
    2/ Eliminer les arbres dépérissant sans délai et les broyer
    3/ Installer en triangulations des pièges à Monochamus pour connaître le taux d’infestation des zones suspectes.

    En Laboratoire :
    1/ Mieux comprendre son cycle de vie et de reproduction, mieux comprendre pourquoi sa
    propagation est moins rapide qu’au Portugal et en Espagne
    2/ Etudier les points faibles et les failles des deux protagonistes (nématode et Monochamus).
    3/ Proposer en replantations des espèces de résineux plus résistantes comme celles existant en Amérique du Nord.

    En conclusion : Il faudra apprendre à vivre avec lui tout en réduisant sa capacité de nuisance. Ne pas subir, mais anticiper, le nématode du pin est un nouvel adversaire pour la forêt landaise, qui a connu d’autres tempêtes, incendies, crises sanitaires et de profondes transformations économiques (Disparition de l’industrie de la résine). Elle a toujours su s’adapter, nous devons aujourd’hui faire la même chose.

    La question n’est donc peut-être plus seulement : « Comment éradiquer le nématode ? » mais plutôt « Comment protéger efficacement notre forêt en utilisant les connaissances scientifiques, les nouvelles technologies et l’expérience des sylviculteurs ? »

    C’est en réunissant chercheurs, administration, exploitants forestiers, propriétaires, le syndicat des sylviculteurs que nous trouverons les meilleures réponses.
    Le nématode, ce nouvel intrus, ne doit pas devenir l’ennemi de notre intelligence collective.

    Notre forêt mérite mieux qu’une réaction mécanique et administrative, elle a besoin comme par le passé d’une stratégie fondée sur la science, l’expérience du terrain et l’anticipation.