Clap de fin des travaux 2025 de désensablement du lac.
Quel Bilan ?
Nous vous avons régulièrement informé par les flash infos N° 73, 74 et 79 de l’avancement du chantier de désensablement du lac d’Hossegor. Ces travaux se sont achevés le 18 décembre. Il est désormais possible d’en dresser un premier bilan.
Pour SPSH, ce bilan apparaît très mitigé, notamment au regard des volumes de sable effectivement traités et de l’utilisation du collecteur reliant la plage lacustre à la plage marine.
🔹 Rappel des objectifs du chantier
Les travaux prévoyaient deux phases menées en parallèle :
- Une phase de dragage, avec l’objectif d’extraire 15 000 m³ de sable dans la zone sud du lac, à la jonction avec le canal ;
- Une phase de transfert hydraulique, destinée à acheminer ce même volume de sable jusqu’à la plage de la Nord.
🔹 Phase d’extraction : des chiffres à confirmer
Pour la phase d’extraction, MACS annonce un volume de 15 217 m³, chiffre établi à partir de plusieurs bathymétries réalisées par l’entreprise en charge des travaux.
De notre côté, nos estimations précises/raisonnables basées sur le suivi du dépôt de sable sur la plage des Chênes n’ont été possibles que jusqu’à début novembre. Au-delà, la taille du dépôt et ses formes très hétérogènes rendaient toute estimation peu fiable.
Nous ne disposons pas encore des éléments qui nous permettraient de confirmer ce chiffre.
Le train d’extraction © photos SPSH
🔹 Phase de transfert hydraulique : un fonctionnement très limité
Le suivi de cette phase a consisté à :
- Obtenir factuellement des données au 3 novembre auprès de la mairie ;
- Comptabiliser les journées (ou demi-journées) effectives de fonctionnement ;
- Estimer le débit de sable transféré.
Nos membres ont été très présents sur le terrain, avec plusieurs passages quotidiens, la tenue d’un journal de bord et de nombreux relevés photographiques.
Le transfert reposait sur une pelle mécanique alimentant la capacité de mélange à l’entrée du collecteur. Le simple fonctionnement (ou non) de cette pelle était un indicateur clé de l’activité du transfert.
👉 Le nombre maximal de journées effectives de fonctionnement observées est de 11 jours, ce qui est très faible.
L’estimation des débits était réalisée par comptabilisation et chronométrage des godets (de volume connu) déversés dans la capacité de mélange. Ces mesures répétées ont montré des débits faibles à très modestes.
Le chargement de la capacité de mélange/transfert au départ du collecteur de transfert et l’arrivée du collecteur sur la plage Nord et l’excavation du sable © photos SPSH
Le constat visuel des arrivées de sable sur la plage de la Nord confirme que le transfert hydraulique a très peu fonctionné.
La plage de la Nord le 19 novembre © photos reportage TF1
La plage de la Nord le 2 décembre à une journée de la fin du transfert hydraulique © photo SPSH
🔹 Les causes d’un échec multifactoriel
Le transfert hydraulique est pourtant un procédé éprouvé :
- Utilisé chaque printemps à Capbreton depuis 2007 ;
- Employé par Vinci en 2019 lors de la restauration du lac.
Cependant, plusieurs facteurs ont lourdement pénalisé ce chantier :
- Un appel d’offres lancé en pleine période estivale, sur une durée très courte (3 semaines) ;
- Une seule entreprise candidate, disposant de peu de temps pour les études, le dimensionnement et l’approvisionnement du matériel ;
- Une préparation menée dans la précipitation, par une entreprise ne maîtrisant pas ce procédé spécifique ;
- Des outils de simulations mal adaptés.
Les premiers essais ont révélé un sous-dimensionnement des pompes, nécessitant leur doublement, tant pour le prélèvement d’eau que pour le transfert.
De nombreuses difficultés techniques ont ensuite entraîné des arrêts répétés :
- Manque de hauteur d’eau à marée basse ;
- Défaillances de pompes ;
- Arrachement des collecteurs (effet drapeau lié aux algues) ;
- Perçage des tuyaux souples par des huîtres ;
- Colmatage des crépines par des algues ;
- Deux bouchages complets du collecteur, dont le second a nécessité 7 jours ouvrés et l’intervention de camions haute pression.
🔹 Conséquences sur les volumes transférés
Ce procédé nécessite :
- Des débits d’eau très élevés (supérieurs à 750 m³/h à minima) ;
- Une pression suffisante pour franchir un collecteur de près de 950 m, incluant deux dunes (HMT de +8 m et +12 m).
La principale difficulté a été le maintien d’un débit d’eau élevé et constant, rendu impossible par les colmatages récurrents des crépines (algues).
Toute baisse de débit augmente le risque de surconcentration en sable (au-delà de 15 %) et donc de bouchage du collecteur. Les deux bouchages préalablement rencontrés ont conduit l’entreprise à réduire la cadence des godets déversés.
🔹 Volumes observés sur le terrain
Au 6 décembre, alors que la phase d’extraction était terminée et que l’entreprise repliait son matériel :
- Le volume stocké sur la plage des Chênes était estimé à environ 7 000 m³, chiffre établi par un géomètre expert à notre demande ;
- ~6 000 m³ pour le tas principal ;
- ~1 000 m³ correspondant à du sable régalé sur environ 3 000 m², avec l’accord de la mairie pour l’entretien de la plage.
La semaine suivante, ~1 000 m³ supplémentaires ont été étalés, notamment sur l’avant-plage, réduisant le tas à ~ 5 000 m³.
Evolution du tas de sable entre le 1er décembre (avant régalage) et le 9 décembre (après régalage et avant transfert par bennes) © photos SPSH
À partir du 15 décembre, le transfert vers la plage de la Nord s’est fait par la route, à l’aide de tracteurs et bennes agricoles :
👉 près de 360 rotations pour ces ~ 5 000 m³ restants (4767 m³ déclarés par la mairie pour la facturation de cette prestation).
Déversement sur la plage de la Nord à l’aide de tracteur avec benne agricole à la fin du chantier © photo SPSH
Dès le deuxième jour, après environ 2 400 m³ déposés, l’emprise au sol du sable et sa couleur plus sombre (sable lacustre) étaient très visibles.
La comparaison avec nos nombreuses photos antérieures au 15 décembre confirme notre analyse d’un transfert hydraulique largement défaillant.
La plage de la Nord le 16 décembre avec près de 2 400 m3 déposés par bennes © photos SPSH
La plage de la Nord le 18 décembre avec près de 5 000 m3 déposés par bennes © photo SPSH
🔹 Et maintenant ?
Plusieurs questions demeurent :
- Comment expliquer un tel écart entre le volume extrait et le volume réellement déposé sur la plage de la Nord ?
- Quelle part du sable régalé sur la plage des Chênes a déjà été reprise par le lac lors des grandes marées de début novembre et début décembre ?
Les grandes marées de début novembre (05/11/2025) © photo SPSH
Le régalage sur la plage des Chênes les 2 et 12 décembre © photos SPSH
Une réunion de bilan est prévue entre MACS, la mairie et l’ensemble des intervenants, à laquelle SPSH sera conviée, afin de tirer les enseignements de ce chantier, notamment sur l’exploitation du collecteur.
Il appartient à MACS et à la mairie de décider ce qui doit être légitiment réglés à chacune des entreprises concernées.
Nous restons convaincus que le collecteur de transfert est un outil pertinent pour l’entretien régulier du lac. Comme tout outil technique, il nécessite une véritable maîtrise et un retour d’expérience pour être utilisé efficacement.